Stéphane Théri

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Artisan des mots, 

Écrivain, Auteur, Dialoguiste/Scénariste

 

Le bruit du silence

 

Extrait du roman de Stéphane Théri.

 

Le bruit du silence


 

A quelques coups de pédales seulement de la plage de Carmel, la maison des Stewart  ne renvoyait plus aucun signe de vie et ce, depuis déjà quatre interminables semaines. Cette magnifique demeure blanche aux lattes de bois presque parfaites et son manteau de fleurs captaient toujours l’objectif des appareils photos de tous les visiteurs. Mais, ses grandes baies vitrées restaient nues de toutes silhouettes et de tout mouvement augurant d’une trace quelconque de vie. Même à l’heure ou la lumière du soleil se laisse emporter par les premiers tourments du crépuscule, pas l’ombre d’une âme n’était perceptible. Pourtant, Laura Stewart s’y trouvait toujours. Depuis le drame, elle avait décidé de rompre avec le reste du monde et se terrait cachée dans ce qui fut longtemps un lieu de paradis convoité par de nombreux visiteurs. Plus aucun voisin ne l’avait croisée ni même aperçue. Deux ombres flottaient encore sur la maison, l’ombre du grand cyprès et le souvenir du temps d’avant. A l’heure ou le vert des épines du grand cyprès laissaient soudainement leurs places à une kyrielle de petites ombres noires et piquantes ballotées par cet agréable et envoutant vent nocturne, Laura oubliait tout, enfin, presque tout. Elle ne pensait qu’à lui. L’obscurité grandissante, toute lumière éteinte, elle sortait et, à pas de velours, marchait jusqu’à l’un des deux rocking-chairs de la grande véranda.  Pas très loin, la mer, aidée par le vent, laissait flotter l’air marin jusqu’à la maison comme pour lui signifier qu’elle était toujours là et que le moment voulu, elle pourrait de nouveau s’y baigner. Pour l’heure, Laura ne s’en sentait pas du tout capable. Emmurée par la mémoire, elle parlait encore à Harry :

 

Tu le sais bien. J’aimerais, mon amour, me plonger au plus profond de ce manteau noir dont la nuit si soudainement se drape. J’aimerais, dans cette robe naturelle et sombre pouvoir flirter avec l’ombre de nos souvenirs d’été. Le cri de ce vieil hibou me ramène à nos fraiches soirées de tendresse. Tu étais là, juste à coté de moi. Ta main posée sur la rambarde de cette trop vieille véranda n’attendait que le moment ou la mienne viendrait délicatement si poser pour te guider jusqu’à l’eau. Nos corps alors ne souhaitaient qu’une chose, copier nos esprits complices et s’entremêler eux aussi jusqu’à se confondre.
La noirceur de la nuit n’est plus très loin, celle de mon coeur ne me quitte plus. Dans cette nuit étouffée par l’absence de ton souffle à l’orée de mon cou, la seule lueur perceptible, c’est le souvenir de nous. Il se reflète, jusqu’à vomir, dans la trop terne et trop faible lumière de ce croissant de lune, la possibilité d’une autre nuit sans toi. Cette nuit, comme ces quarante et une autres nuits, le ciel a bien du mal à m’imposer un quelconque soupçon de beauté. Le noir emporte tout, même le scintillement des étoiles se meurt dans l’explosion soudaine de mon manque de toi. Je t’aime ! Je t’aime ! Je t’aime !
Ce sentiment m'habille et me dépèce sans que je ne puisse choisir autre chose que la mort. Je t’aime à ne plus savoir quoi faire de tout cet air qui s’engouffre dans mes poumons pour ne faire que relancer une vie dont je ne veux plus parce que je n’en vois tout simplement plus l’intérêt.
Je sais qu’à la minute où je t'ai perdu, mon existence ne pouvait trouver mieux que l'ombre pour repenser à toute la lumière que fut notre amour.

 

Stéphane Théri