L
Il y aurait d’abord cet enclos plus petit et plus austère que tous ceux qu’il avait pu voir avant ce jour. Il y aurait aussi tous ces gens affairés autour de lui, ces bruits de fanfare mêlés aux cris anonymes de milliers d’inconnus qui allaient lui réclamer de satisfaire leurs instincts les plus vils. Puis, il y aurait ces ombres macabres au-dessus de sa tête, Titus le savait. A son tour, il les verrait danser et tour à tour glisser le long de son corps. Mêlant, de longues minutes durant, leur souffle glacial aux rayons vifs du soleil, elles feraient une dernière fois encore revivre à son corps tout entier la violence du combat que sa maman livra à l’aube de son premier jour sur Terre, pour lui donner ce droit à la vie. Des nuits entières ces ancêtres étaient venus lui raconter leurs histoires et l’avaient au fil de ses rêves, ainsi préparé à cet ultime défi, à ce dernier instant. Il allait lui aussi faire ce voyage fantastique. Mais avant cela, il allait devoir braver la mort ou plutôt laisser celle-ci livrer ce combat sans merci contre la vie pour l’emporter avec elle. Ils avaient été des milliers avant lui à sentir son souffle se glisser le long de leur fière et puissante colonne vertébrale. Titus devait à présent en prendre toute la dimension, rassembler son courage, toute sa force et avec lucidité défendre une fois encore, la dignité de son espèce et de sa haute lignée. Alors seulement se dresserait devant lui le chemin royal des anciens. Quelques minutes encore pour rassembler ses esprits et la porte de son enclos s’ouvrirait. Ses yeux seraient alors éblouis par un tapis de sable plus chaud encore que le battement de son cœur. Ils le guideraient aveuglement vers ce morceau d’étoffe rouge plus macabre et plus mobile que ses ombres imbéciles. Contre ce rutilant et trop pervers porte drapeau de la trop petite conscience humaine, il concentrerait toute son énergie. A chacun de ses assauts, son âme se désolidariserait un peu plus de son corps et l’avancée morbide de ce ballet chaotique maculerait d’un rouge moins vif mais beaucoup plus noble, le sable de ce théâtre dont l’issue pour Titus se trouverait au versement de la dernière goutte de son sang trop injustement sacrifié à la bêtise des hommes. Les douleurs causées par ses multiples blessures, la perte inévitable de sa force et le flou de sa vision altérée par son épuisement à se battre céderaient alors leur place, à l’incroyable, la justice de Dieu. Titus se retrouverait pourvu des ailes tant méritées qui feraient flotter son âme si haut et si loin de ses bourreaux que cette arène ressemblerait au plus profond et au plus noir de tous les enfers de l’univers.
Stéphane Théri